13 août 2007
Cimétière
Mercredi. 18h. J'ai préféré me mettre à l'écart. Caché sous un parapluie noir. C'est du haut du niveau supérieur du cimetière que j'assiste de loin à l'ultime cérémonie. L'épaule appuyée contre un vieux chêne. Maeva et sa soeur sont en larmes, sur le côté de la tombe.
Une boule au ventre me tiraille. Elles me manquent. Maeva bien sur. Sa grand mère aussi. L'une n'allait pas sans l'autre. Mais c'est les deux que je perds aujourd'hui. Maeva lève la tête pour tenter de retenir ses larmes et m'aperçoit alors droit devant elle, en haut du muret qui nivelle les deux parties de la dernière demeure de sa mère spirituelle. Elle me fixe du regard puis répond au geste d'amitié et de soutien que je lui adresse du bout des doigts. Discrètement, l'une de ses mains lache le mouchoir qui était blotti dans le creux de ses paumes, pour me saluer. D'un léger mouvement du poignet. Sans lever le bras.
Source illustration : http://forget-the-rain.deviantart.com/
16 août 2007
Retourner bosser pour ne pas déprimer.
Jeudi. 11h. Plutôt que de me morfondre seul chez moi, j'ai décidé d'écourter mes vacances. Non pas que Virginie me manquait. A peine arrivé au bureau, elle m'a rappelé combien mon séjour en Californie n'était finalement pas si désagréable. Comme souvent, je m'en rends compte seulement quand c'est terminé.
- Il faut vraiment que tu revois ta façon de préparer tes ventes, Huggo, me lance-t-elle avec une pointe d'agressivité.
- Pardon ?
Traduction professionnelle de "Ta gueule ! Je te rappelle que tu n'es pas mon boss et que tu n'as donc aucun conseil à me donner pétasse !"
- Le dossier Gilberstein, qui était soi-disant conclu à en croire ce que tu m'avais dit, ne l'était en fait pas du tout !
- Comment ça ? Il ne manquait plus que la signature. Le client m'avait assuré qu'il nous enverrait le contrat signé lundi dernier !
- Il s'est bien foutu de ta gueule on dirait !
- Que s'est-il passé ?
- Monsieur Huggo a certainement oublié un détail.
"Monsieur Huggo t'emmerde connasse !"
- Il n'était pas du tout d'accord avec ta proposition, poursuit-elle. Il a voulu renégocier le prix. Finalement, il a refusé la dernière offre qu'on lui a faite. Bravo ! Tu as laissé filé un beau contrat, conclue-t-elle avec un air de donneuse de leçons.
"J'AI" laissé filé le contrat ? Je n'arrive pas à y croire. Je suis en vacances mais c'est "MOI" qui est raté la vente. Tout était parfaitement bien ficelé avant mon départ. C'est louche. Heureusement, j'ai eu d'excellents contacts avec le client. Sans hésiter, je me permets de le rappeler aussitôt pour en savoir plus.
- Huggo, je suis désolé mais ta collègue m'a rappelé lundi matin pour me faire une nouvelle proposition. Je ne vais pas entrer dans les détails mais son offre n'était plus du tout cohérente ; elle ne correspondait absolument pas à nos besoins et surtout le prix avait augmenter d'un tiers. Alors tu comprendras que je ne pouvais pas y donner suite.
Quelle salope ! Je n'en reviens pas ! Est-elle assez conne pour faire une proposition aussi pourrie ou a-t-elle volontairement foiré mon deal ?
11h20. Progressivement, j'avance dans la lecture de mes mails reçus en mon absence. Comme toujours, c'est interminable. Il va bien me falloir la journée entière pour tous les lire. Le prochain a été envoyé la semaine dernière par mon boss.
"Bon retour. J'espère que tu as passé de bonnes vacances. Quand tu auras le temps, pourrais-tu m'expliquer ce qu'il s'est passé sur le dossier Gilberstein. Virginie m'a dit qu'ils n'avaient finalement pas signé."
Mais quelle salope ! A peine revenu, je suis bien accueilli.
17 août 2007
Réconfort ?
Jeudi. 12h. Le mail suivant est de Miss L. Un peu de réconfort ?
"Salut ! Tu vas bien ? On se fait un déj à ton retour ? Tu me raconteras tes vacances ! Tiens moi au courant. Bisous".
Bizarrement, je ressens une sorte de gêne. Je pensais pourtant que cela me ferait plaisir. Pourtant j'ai l'impression de tromper quelqu'un en lisant son mail. Une sorte de sentiment de culpabilité qui me gâche le plaisir de voir qu'elle a pensé à moi en mon absence. Et qu'en quelque sorte, je lui manquais. J'hésite à lui répondre. Si son mail me fait tout de même plaisir, je ne suis pas certain d'avoir envie de la revoir aussi tôt après les derniers évènements. D'un autre côté, vu la tournure que prend cette journée, peut être que cela me changera les idées.
"Au secours ! Je suis rentré plus tôt que prévu et commence déjà à le regretter ! Si tu es dispo, on peut déjeuner ensemble ce midi ?!"
La réponse ne tarde pas à tomber dans ma Inbox.
"Génial ! On se retrouve dans notre petit repère pour un déj à l'ancienne, ok ? Même lieu et même heure ! Cool ! Je suis contente. Bisous".
18 août 2007
Séminaire
Nuit de Mercredi à Jeudi. 4h du matin. Nous sommes en séminaire jusqu'à Vendredi soir au Sofitel d'Agadir, somptueux hôtel en bord de mer. L'architecture est typiquement inspirée de celles de cette région du Maroc, sous forme de Kasbah. Pour le reste, c'est du grand classique d'un hôtels cinq étoiles avec le luxe que l'on est en droit d'attendre : 4 restaurants, 6 bars, plage privée, base nautique, centre de remise en forme, piscine de 1.800 m², service très haut de gamme personnalisé, vastes chambres, magasins dans les couloirs, grandes salles de réunions, etc. Classique mais hautement appréciable car totalement inabordable pour les petits ouvriers lambda que nous sommes.
Antoine et François sont totalement bourrés. Juste après avoir vomis sur l'un des courts de tennis, Antoine est entré dans la discothèque de l'hôtel où il a pissé dans une grande vasque, ce qui a dû moyennement faire plaisir au palmier qui l'occupe. Pas de quoi avoir honte ou de complexe pour autant vu le contexte de ce séminaire : pendant que le Directeur administratif et financier s'évertue à draguer lourdement - dans le dos de ces trois enfants et de son épouse - tout ce qui ressemble de près ou de loin à une femme, l'une des directrices commerciales tombe violemment du bar sur lequel elle dansait ivre depuis vingt minutes, après nous avoir gratifié d'un bain de minuit (totalement nue donc) dans la piscine, au milieu d'une trentaine de salariés ! Au début, ça surprend. Mais finalement beaucoup moins que lorsqu'elle a fait rouler un cigare entre ses seins !
Miss L. et moi avons pas mal dansé ensemble durant les deux dernières heures. Pas mal picolé ensemble aussi. Elle ne m'a pas quitté depuis tout ce temps. Dès que je bougeais, elle me suivait. Pour un peu, on croirait qu'elle cherche à sortir avec moi ! Je commence à être fatigué. La journée de demain est réservé au boulot. Nos verres étant vides et le bar volontairement déserté par le staff, L. et moi décidons d'aller nous coucher pour ne pas arriver totalement décalqués demain matin à la réunion.
En remontant le couloir de nos chambres, un bruit sourd vient interrompre le silence qui règne. A mesure que nous avançons, celui-ci s'éclaircit. Il provient d'une chambre qui est au delà de la mienne. Le hasard faisant bien les choses, les sons sortent de la suite voisine de celle de Miss L. C'est la chambre de mon boss. Les bruits se font plus clairs. Le doute ne peut plus être. Mais notre conscience professionnelle nous interdit d'y croire. "Viens, on va écouter de ma chambre, on devrait mieux entendre" me propose Miss L. Profiterait-elle de la situation pour me faire une proposition indécente ? Nous entrons et nous collons aussitôt nos oreilles contre le mur. Inutile. Dès les premières répétitions des bruits, on s'aperçoit que la scène pourrait se dérouler ici, nous n'entendrions pas mieux.
Immédiatement, nous reconnaissons l'une des voix...
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Celle de Virginie.
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