08 décembre 2006
Pique à glace.
Nuit de Mardi à Mercredi. 1h. Après le restaurant, nous avons fait une halte au bar du Georges V. où nous avions prévu de boire un dernier verre. Mais il y avait beaucoup de monde. Finalement, Pen m'a proposé de monter boire ce verre dans sa chambre. Le même type que tout à l'heure nous apporte notre commande sur une table roulante, en argent. Il parait totalement apeuré et ne me lance pas un seul regard. Peut être suis-je allé un peu loin tout à l'heure. Je le remercie chaleureusement d'une tape sur l'épaule et lui tend un billet discrètement camouflé dans le creux de ma main. Dix euros. Evidemment, ce n'est pas beaucoup. Mais je suis presque sûr que ce type gagne aussi bien sa vie que moi, sinon plus. Enfin peut être plus maintenant. De toute façon, je n'ai rien d'autre que ce billet.
Nous sommes assis dans le grand canapé fleuri du salon de la suite. Un silence s'installe confortablement. Pen force une légère toux. Je la vois réfléchir, inquiète, timide. Elle s'apprête à me dire quelque chose mais je ne lui laisse pas le temps de commencer.
- Pen, allons ailleurs.
A peine a-t-elle le temps de réaliser ce que je venais de lui dire que nous sommes déjà dans le couloir.
- Où allons nous ? me demande-t-elle surprise tout en se laissant tirée par le bras.
- Je t'emmène dans un petit pub sympa, juste à côté. Le Sir Winston. On y sera tranquille, on y boira une bonne bière et on pourra parler sereinement.
Sir Winston 1
Nuit de Mardi à Mercredi. 1h20. Le pub est rempli de cadres, encore en costume-cravate et tailleurs. Malgré le monde, l'ambiance reste très cosy. La bière dégouline des pintes, les cigares enbaument toute la pièce, les épais fauteuils club en cuir marron épient les conversations. Cachée sous sa casquette Gavroche beige et emmitouflée dans un sweat à capuche gris trop grand, personne ne nous remarque. C'est installé dans l'un de leurs boxes en bois brun, au fond du pub que nous poursuivons la soirée.
Jeu de la Vérité
Nuit de mardi à mercredi. 1h32.
- Hugo.
- Oui ?
- Tu sais, je dois te dire la vérité.
- Comment ça ?
- Je... Je suis... Je suis une actrice de cinéma.
Elle parait soulagée à présent.
- Je sais Pen, lui dis-je en souriant.
- Really ? crie-t-elle, surprise. Come on! So you were kidding me ?! I... I just, I just can't believe it !
- How can you believe I didn't recognize you ? It was just a joke. But then I understood you really thought I didn't know who you really were. I didn't know how to tell you the truth. And to be honest, it was funny.
- Madre de Dios ! I feel so stupid, se plaint-elle malgré son sourire éclatant au milieu de ses pommettes rouges de honte. Anyway. I just wanted to tell you that... As you know, I'm a bit famous and so there are always paparazzi everywhere I go. So I thing we should... you know...
- Don't worry. Je n'ai pas l'intention de faire la couverture des tabloïds. Je suis d'accord, restons discrets.
- Il y a aussi une chose que tu dois savoir. La presse pense que Matthew et moi sortons ensemble.
- Qui ?
- Matthew McConaughey. Un acteur lui aussi. Tu ne le connais pas ?
- Non.
- Anyway. En fait, nous ne sommes plus ensemble. Ok, nous sommes sortis ensemble pendant quelques mois, mais nous nous sommes séparés. C'était d'ailleurs pendant de notre rencontre à New York. Mais nous avons conservés de bonnes relations. Et nous avons décidés de... Ca peut paraitre absurde mais crois moi, ça ne l'est pas.
- Que veux-tu me dire ?
- J'essaie de t'expliquer que Matthew et moi sommes encore officiellement en couple. Mais pas dans la réalité. C'est juste pour la presse. Tu dois me trouver nulle !
- Non, non. Je peux comprendre. Tu dois avoir de bonnes raisons.
- Oui. D'abord, cela nous permet à chacun d'avoir une promo gratuite. Plus nous sommes visibles, moins les producteurs nous oublient et plus les fans s'attachent à nous. Et plus nous avons de fans, plus nous sommes rentables pour un producteur qui pourra alors financer nos films. Tu comprends ?
- Bien sur. Mais tu n'as pas à te justifier. On est ensemble que depuis cette après midi après tout.
- Je sais. Je voulais juste que tout soit clair.
Restes...
Nuit de Mardi à Mercredi. 2h10. Sur le chemin du retour, Pen me prend le bras et le sert fort contre elle. Le silence que nous nous imposons est bien plus emplie de sens que certaine conversation. L'hôtel se rapproche. Je me prépare à lui dire quelque chose de sympa pour lui dire bonne nuit, la remercier de cette soirée et pour lui dire que j'aimerai beaucoup la revoir. Mais juste avant que je me lance, elle me dit qu'elle a beaucoup aimé cette journée. Qu'elle ne regrette pas de m'avoir appellé. Qu'elle n'a pas envie que cela se termine comme ça. Puis elle s'arrête de marcher. Elle se tourne vers moi et me regarde tendrement dans les yeux. "Reste dormir avec moi" me propose-t-elle du bout des lèvres. "Après cette journée, je ne veux pas dormir toute seule ici dans une immense chambre d'hôtel." Je marque un silence soutenu pour lui signifier que je réfléchisà son invitation. Cinq secondes. Huit secondes. Douze secondes. C'est bon. C'est suffisant. Moins, elle m'aurait pris pour un mec facile. Plus, pour un abruti coincé. "Avec plaisir" lui dis-je. Je ne peux pas entrer main dans la main avec une star hollywoodienne. Enfin plus exactement, ELLE ne peut pas entrer dans un hôtel à deux heures du matin au bras d'un inconnu. Si jamais, un paparazzi lui tombe dessus, c'est automatiquement la une des tabloids le lendemain. Cela ferait plutôt mauvais genre pour une fille censée sortir avec Matthew McConaughey. Elle me demande d'entrer le premier dans l'hôtel. "Ne m'attends pas. Monte à l'étage au dessus du mien. Puis redescends par les escaliers et retrouve moi dans ma chambre. Je suis désolée. Mais c'est le seul moyen, crois moi." Je comprends à travers son regard combien cela doit être douloureux et pesant de devoir toujours se chacher. Je l'embrasse, la laisse au coin de la rue précédente puis marche vers l'entrée.
J'aperçois dans une voiture, une fumée de cigarette sortir par la fenêtre ouverte. A l'intérieur, un homme. Il a ne fait rien d'autre que fumer. Rien ne laisse penser que c'est un paparazzi. Mais un type, vétu d'une veste en cuir en plein été, qui fume une cigarette dans sa voiture à deux heures du matin en face du Georges V, dans une rue où il n'y a habituellement plus personne à cette heure-ci, ca ne peut pas être totalement innocent. Qu'importe. J'entre dans l'hôtel. Direction l'ascenceur puis la cage d'escalier où je patiente quelques minutes. Soudain, j'entends l'ascenceur s'ouvrir à l'étage de Pen. Je descends les deux dernières marches. "Et si ce n'est pas elle ?". Je décide d'attendre encore un peu. Jusqu'au bruit de porte qui retentit au loin.
- Where were you ? me demande-t-elle, son sweat à capuche à la main.
- I was just...
Elle se jette sur moi et m'embrasse longuement. Je pose la main sur son bras pour la rapprocher et sentir son corps contre le mien. Sa peau est brulante. En ce juillet caniculaire, la sueur apparait rapidement au contact de ma main. Nous avons un peu bu. Le problème de la bière, c'est qu'un verre suffit pour avoir une haleine putride. Aucune importance, nous sommes aussi désavantagé l'un que l'autre. Aucune importance, ni la sueur et l'odeur de l'alcool ne peuvent détériorer cet instant romantique malgré tout. Un rayon de lune transperce l'obscurité de la chambre. Je distingue ses courbes parfaites sous les caresses de mes mains. Sa poitrine discrète mais généreuse me suprend. Elle retire ma chemise, un bouton après l'autre, tout en me regardant droit les yeux avec un malin plaisir narquois. C'est un véritable suplice. J'aimerai qu'elle l'arrache d'un coup. Mais non. Plus je la désire, plus elle ralentie le rythme. Je l'embrasse dans le cou, sur l'épaule, sur la nuque. Ca y est. Je suis torse nu.
Elle me couvre de baisers et me pousse délicatement contre la porte d'entrée. Vient mon tour de la dénuder. Je l'écarte de moi et marque un temps d'arret pour la fixer du regard. Elle ne cligne pas des yeux et tente de se rapprocher pour m'embrasser. Je l'en empêche pour la plaquer vigoureusement contre le mur. Un baiser sur ses lèvres puis je soulève son débardeur. Les mouvements s'enchainent et s'accelèrent. Nous sommes maintenant nus, allongés sur la moquette. Je contemple son visage si fin, si magnifique, si lumineux malgré l'effort physique qu'il subit sous l'impulsion de nos ébats. Ses jambes m'encerclent le bassin. Elles exercent une pression de plus en plus forte. Penelope laisse échapper un souffle discret au rythme des pénétrations. Nos contacts sont intenses et passionnés. Ma main lui caresse les cheveux, le visage, la poitrine. Ses seins sont d'une perfection imaginaire. Il ne peut en exister d'aussi sublimes. Mais pourtant, sa poitrine est bien vraie et bien naturelle. Derrière ses yeux fermés, j'ai l'impression qu'elle souffre d'une douleur terriblement intense. Si insupportable qu'un petit cri aigüe retenti. Un deuxième. Je ne peux plus me retenir. Je ne peux plus me contenir. Je ne peux plus rien faire. Un troisième. Je suis totalement paralysé. Je ne... Je...
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09 décembre 2006
Surprise. Pour je ne sais quelle raison, me voilà en train de googler "huggo". Mug de café aux lèvres et clope coincée entre les doigts, je clique sur "Rechercher". Surprise : le blog de la saison 1 (huggo.skyblog.com) apparait en 1ère position sur les pages françaises et en 2ème sur les pages internationales. Comment un site peut-il se retrouver à cette position ? Quels sont les critères de référencement ? Quelqu'un peut-il m'expliquer comment ça marche ?
UPDATE 24/12/2006 : ca progresse. Aujourd'hui, huggo.skyblog.com est maintenant 1er sur les pages internationales et huggo.canalblog.com est troisième. Sur les pages Francophones, la saison 1 est toujours en tête mais est maintenant suivi de la saison 2. Alors que je pouvais légitement imaginer voir le même résultat sur les pages françaises, il n'en est rien du tout ! Bien qu'il soit encore en première page, huggo.skyblog.com disparait du podium dont huggo.canalblog.com occupe désormais la première marche !!! Décidément, je n'y comprendrais jamais rien.
11 décembre 2006
Terrain miné
Mercredi. 11h.
- Salut Huggo. Comment vas-tu ?
Elle s'appelle Virginie. C'est une collègue qui a exactement le même poste que moi mais qui est arrivée ici un an avant. Serviable, aimable, dévouée, elle ressemble au collègue modèle. A mon arrivée, Paul et François ont voulu me brancher sur un plan cul avec elle. Peine perdue.
- Salut Virginie. Je vais bien, merci.
- Au fait, tu es au courant que Habib et Roger seront à la réunion de mercredi prochain ?
Au bout de quelques mois, Virgine et moi nous sommes rendus compte que nous étions plus ou moins les deux seuls du service à avoir le même projet professionnel. J'ai rapidement compris que cela ne serait pas sans conséquence. Sous son air de fille dévouée et gentille, cette fille est un véritable serpent qui avance sournoisement pour, le moment opportun, t'injecter son venin.
- Qu'est-ce que les big boss de la boite pourraient bien venir faire à cette petite réunion ?
- Aucune idée. Mais je me suis dit que cela pourrait être l'opportunité de faire une petite présentation de notre projet. Ce qu'elle appelle "notre" projet est en fait l'idée qu'Emmanuelle a eu pour optimiser nos performances.
- Pourquoi pas. C'est une idée. Qu'en penses Emmanuelle ?
- Tu la connais celle là ! Moins elle en fait, mieux elle se porte. Dès qu'on peut dénigrer, rabaisser un concurrent potentiel, on peut compter sur elle.
- Tu devrais surement en parler avec elle d'abord. On ne sait jamais. Après, on peut en reparler si tu veux. Ca marche ?
- Merci petit génie. Je ne t'ai pas attendue pour le faire. Il faudrait arreter de donner des ordres à tout le monde simplement parce que tu as réalisé une bonne vente.
- Pardon ?
- Que se passe-t-il ? demande notre responsable qui a intercepté la conversation.
- Rien, rien. On discute, lui dis-je.
- J'ai proposé à Huggo de faire une présentation pour la réunion de la semaine prochaine. Comme Habib et Roger viennent, je pense que cela pourrait être bien de leur montrer les derniers résultats et les projets en cours. Mais Huggo ne veut pas.
- Pardon, mais je n'ai pas refusé de le faire.
- Bien sur que si. Tu es tellement au-dessus de tout ça toi maintenant...
- Quoi ?
- Il devient impossible de travailler avec Huggo, affirme-t-elle en s'adressant à notre responsable. Depuis que Monsieur a fait sa première vraie vente, il nous prend tous de haut.
- C'est une blague ? je demande sans pouvoir cacher la colère qui monte en moi.
- Ca suffit, intervient notre responsable. Je dois aller en réunion maintenant. Virginie, prépare une note sur ce que tu veux présenter. Dépose la sur mon bureau dans la journée. 
Paul se retourne et me lance un regard halluciné, avant de m'envoyer un mail.
"C'est dingue. Cette fille est une malade. Un vrai requin. Ne fais pas attention à elle."
Par dessus mon écran, j'aperçois Virginie taper à toute vitesse sur son clavier. Le bureau de François est situé juste derrière le sien. Je lui envoie vite un courriel pour lui demander ce qu'elle fait.
"Elle écrit un mail mais je n'arrive pas à le lire d'où je suis".
Une dizaine de minutes plus tard, je reçois un message de mon N+2. Le boss de mon boss me demande si tout va bien avec Viriginie. Il ajoute que je dois d'être plus patient et plus tolérent avec certaines personnes qui ne verraient pas les choses de la même façon que moi. Il conclue en précisant qu'il est satisfait de mes derniers résultats et que je dois m'appuyer dessus pour être encore plus performant. Il est clair que cette salope de Virginie lui a envoyé un mail pour se plaindre. C'est évident. Je n'ai pas vu mon N+2 depuis des lustres et subitement, il réapparaît dix minutes après le cinéma de cette connasse. Curieuse coïncidence ! Je dois réunir toutes mes forces et toute la zénitude qui est enfouie au plus profond de moi pour ne pas aller coller ma main sur la gueule de cette pétasse !
13 décembre 2006
Chasseur chassé
Mercredi. 19h30. Dans ce milieu, les nouvelles vont vites. Il n'a fallu que quelques jours pour qu'un chasseur de têtes apprenne ma vente record. Il m'a envoyé un premier mail, puis après quelques échanges, nous nous sommes téléphonés avant de fixer le rendez-vous de ce soir. Son bureau est en plein coeur de Paris. Sur les Champs Elysées. Sa voix m'avait laissé l'imaginer plus jeune qu'il ne l'est réellement. M. Mafred est un cinquantenaire barbu qui m'a tout de suite rappelé l'acteur Jean-Pierre Marielle. Chaleureux, à l'écoute, le feeling passe très bien et très vite entre nous. Une quinzaine de minutes durant, il m'explique son métier, son agence, son carrière, ses relations, ses hobbies. Après m'être présenté, après avoir détaillé mon parcours, après avoir exprimé mes projets, M. Mafred me signifie qu'il aurait sans aucun doute des contacts qui m'accueilleraient les bras ouverts. Il s'étonne de l'exploit réalisé et m'en félicite.
"Des garçons comme vous ne doivent pas perdre de temps. Tout doit être mis en oeuvre pour les mettre des les meilleures dispositions et les laisser exploiter leurs incroyables potentiels".
Son discours m'a beaucoup flatté. A mon âge, il est toujours rassurant et agréable de se faire caresser dans le sens du poil, par un homme d'expériences, dirigeant de société de surcroit. Mais, pour autant, cela ne me fait pas oublier que s'il arrive à me placer chez un de ses clients, il touchera une belle commission. Pour autant, je n'oublie pas que je ne suis qu'un produit pour lui, qu'il convient donc de flatter. Bien que Vince m'attend dans un bar du coin, je décide de rester encore un peu pour écouter ses nombreux compliments et autres lauriers qu'il me dresse depuis mon arrivée dans son bureau. Qu'il est bon de se sentir fort et aimé.
- Vraiment ? Vous pensez réellement que j'ai un vrai potentiel ?
- Mais bien sur très cher. Vous êtes un diamant à l'état brut ! Aujourd'hui, des DRH se battent pour trouver des gens comme vous qui.....
RH
Jeudi. 11h15. A mon retour de pause, un nouvel email s'affiche. Il provient d'une des responsables de ressources humaines. Curieux. Depuis la signature de mon CDI, jamais je ne l'avais revu. Elle me prose un rendez-vous "rapidement". Si j'en crois son mail, elle souhaite me parler de la signature du deal qui semble impressionner beaucoup de monde (à commencer par moi). Que peut-elle vouloir me dire ? Incapable d'atteindre, je ne résiste pas longtemps avant de l'appeler. "C'est juste pour savoir comment tu te sens. Rien de formel, ne t'inquiète pas." Ah ? Mais pourquoi je flippe alors ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Je vais me faire virer ? Merde ! Je n'aurai pas du l'appeler. Maintenant, ca me stresse ! Que peut-elle bien vouloir me dire ? Je ne la vois jamais habituellement. Je ne comprends pas. Je vais me faire virer, c'est sur !
15 décembre 2006
Coffee Break
Jeudi. 14h30. Il y a des instants stratégiques dans une journée en entreprise. Je n'y avais jamais réellement prêté attention avant d'arriver ici. Dans toutes les autres sociétés que j'ai connu en stages ou en CDD, ces moments là ne m'avaient jamais parues si importants. Le café du matin (10h30-11h), le déjeuner, le café de 14h30 et celui de 17h sont autant de moments qui permettent d'aborder des sujets importants dans des contextes informelles. C'est l'un d'eux qu'a choisi ma responsable des RH pour "savoir comment je me sens".
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Tu dois être content d'avoir perçu une telle prime ! Tu sais que tout le monde ne parle que de ça ?
- Non. Enfin, oui, je suis content, mais non, je ne savais pas que tout le monde en parlait.
- C'est comme si tu avais gagné au loto ! (Pour des raisons que j'ignore, tout le monde se tutoie. Du PDG au stagiaire, en passant par les responsables des RH et les femmes de ménages).
- Heu... Non ! Non, ce n'est pas du tout la même chose. Parce que j'ai quand même énormément travaillé pour l'obtenir. Ce n'est pas un cadeau.
- Oui, oui bien sûr. Et ce n'est pas trop difficile de se reconcentrer après une telle... une telle "aventure" ? - Où veux-tu en venir ? Je ne comprends pas. Quelqu'un s'est-il plaint de moi ?
- Heu... Je... Non. Enfin... Pour être tout à fait honnête, une personne s'est plainte...
"Virginie" me dis-je sans la moindre hésitation.
- ...Mais ce n'est pas pour cela que je voulais te voir. Je connais cette personne, son caractère, son ambition dévorante mais je ne me fais pas de soucis sur tes aptitudes à reprendre le cours normal des choses. Il est juste dans mon devoir de m'en assurer. Et je ressens plutôt bien les choses. Suffisamment pour ne pas être inquiète.
- Il n'y a pas de raison à l'être. Pourquoi voulais-tu me voir alors ?
- Allons droit au but. Ce marché est petit. Les gens se connaissent et les choses se savent rapidement. Ton petit exploit n'est pas passé inaperçu...
Merde ! Elle sait pour mon rendez vous d'hier ! C'est sur ! Je suis dégouté. Je me sens comme pris au piège. Je m'attendais à tout sauf à ça.
- ... Je suis là pour te rappeler que si tu as réussi un véritable coup de génie, tu n'en restes pas moins une promesse. Nous connaissons ton potentiel. En t'embauchant, nous l'avons reconnu et nous avons misé sur toi. Nous souhaitons que tu puisses exprimer au mieux tes compétences. Aussi, notre rôle est de t'accompagner pour t'assurer le meilleur avenir. Comprends bien une chose. Ce que je te dis n'est pas un discours diplomatique. Pas de langue de bois avec moi : te permettre de renouveller cette exploit, c'est assurer le chiffre d'affaires de l'entreprise. C'est une relation de gagnant-gagnant. Je ne suis donc pas en train de te dire que nous voulons ton bonheur uniquement pour tes beaux yeux.
- J'ai bien compris.
Je n'aime pas du tout ça. Curieusement, alors que je viens de signer l'un des plus gros deals de l'histoire de la boite, j'ai le sentiment d'avoir fait une connerie. Cette pause-café ressemble à un entretien annuel. Celui où l'on recadre ce qui ne va pas !
- Nous avons su te récompenser à la hauteur de tes résultats. Nous sommes fiers de toi et nous souhaitons que tu le saches. Et ici on considère que les mots sont importants uniquement s'ils sont suivis de faits. Il n'y a donc pas cinquante moyens de te féliciter : tu as eu la prime qu'il convient. C'est pourquoi le pourcentage de rémunération variable est en ce sens exceptionnel chez nous. Cette démarche n'est pas celle de toutes les entreprises, tu sais ?
Evidemment qu'il est très élevé ! Elle me prend pour un jambon ! Personne n'aurait imaginé qu'un tel contrat puisse être signé par un junior ! Ce n'est pas prendre un grand risque que de promettre une grosse commission. Et si jamais le boss flair le gros deal, il transfère aussitôt le dossier à l'un des seniors qui ont un taux de commissions moins important. Ainsi, c'est plus d'argent qui reste dans les caisses de l'entreprise.
- J'en ai conscience, lui dis-je avec mon plus beau sourire. Je suis très heureux de travailler ici. Mais je ne vais pas te mentir. Ce que j'ai réalisé semble avoir séduit pas mal de gens. J'ai déjà été contacté par un chasseur de têtes.
Autant jouer cartes sur table. C'est peut être le moment idéal pour tenter l'augmentation.
- Je m'en doutais.
Merde ! Quel trou du cul. Elle ne savait rien. Je viens de me faire avoir en beauté.
- Il m'a fait trois propositions concrètes dans des sociétés assez réputées.
- Tant mieux. C'est motivant de savoir qu'on est désiré. Mais cela représente aussi plus de pression.
- Justement. Ce nouvel environnement, ces offres, ces pressions m'amènent à réfléchir sur ma rémunération. La donne a changé entre le jour de mon arrivée et aujourd'hui. Aussi, je pensais que...
- Que tu as de la chance, me coupe-t-elle. Nous sommes les plus rémunérateurs du marché. Bien sur, tu peux toujours changé de secteurs. Mais le temps passé ici à te créer un fichier clients sera totalement perdu. Et qui sait... Il parait que le plus dur est de confirmer l'exploit.
Très malin. Vu la façon dont la vente c'est passée, il y a en effet peu de chances que je puisse reproduire l'exploit. A moins de me faire tailler des pipes par tous mes clients ! Autant dire que je ne suis pas près de signer un nouveau contrat aussi conséquent.
- Tu fais du sport ? me demande-t-elle.
- Un peu, oui.
- Est-ce que tu connais Ibrahima Ba ?
- Non.
- Ancien joueur de foot. Au début de sa carrière, tout le monde disait qu'il était la nouvelle perle du football français. Il a signé dans un grand club européen et puis du jour au lendemain... plus rien ! On n'en a jamais plus entendu parlé. Palmarès ? Néant. Vide. Tu connais Gasquet, le joueur de tennis ?
- Oui.
- Champion du monde junior. Depuis ? Rien. Peanuts. Nada. A peine quelques tournois mineurs remportés. Rien d'exceptionnel. Tu sais qui était le numéro deux derrière lui en junior ?
- Non.
- Nadal. Ca te dis quelque chose Nadal ? Deuxième meilleur joueur mondial aujourd'hui. Peut être que Gasquet et son entourage s'étaient vu trop beau trop vite. Des cas comme ceux-là, il y en a des millions.
- Certes. Mais ils ne rapportent pas d'argent à leur employeur. Ils travaillent à leurs comptes.
- Certes. Mais je pourrais te parler de beaucoup d'autres gens moins médiatiques. Sauf que tu ne les connaitrais pas.
Elle marque une pause, respire, puis reprend :
- Huggo ?
- Oui ?
- Tu ne seras pas augmenté. Tu as un bon salaire fixe. Tu veux gagner plus ? Vends plus !
Elle n'a pas tord. Je ne vais quand même pas me faire sucer par tous les enculés qui me proposeront de signer mes contrats !
16 décembre 2006
Homme Pressé.
Jeudi. 15h10. En fait, elle a tout à fait raison. Lorsque l'on sort de nos études, les premiers mois nous paraissent rapide. On découvre un nouvel environnement, un nouveau mode de travail, de nouveaux collègues, un nouveau métier, un nouveau rythme de vie, une nouvelle qualité de vie, parfois même une nouvelle ville. Puis les semaines s'accumulent. Alors qu'à l'école, on avait une semaine de vacances à la Toussaint, aujourd'hui nous n'avons plus qu'un jour férié. Alors qu'à l'école on passait une semaine chez nos parents en vacances, aujourd'hui on travaille le jour du réveillon et le lendemain des festivités. Alors qu'à l'école, le week-end commençait à 16h, parfois 17h, aujourd'hui on termine la semaine de boulot au mieux à 19h, au pire à 21h. Lorsque l'on sort de l'école, on a envie de prouver notre valeur. On veut faire avancer les choses que les anciens de la boite font trainer. On veut faire ses preuves et montrer qu'on peut faire bien et vite. On veut, on veut, on veut beaucoup de choses. Parce qu'on a l'impression que le temps est subitement infiniement long. Que nous n'avons pas de temps à perdre. La première année, on s'entend dire "10 mois déjà". Quand 10 mois s'écoulent, on se dit à cet âge "c'est une année scolaire entière" ! Ca nous parait une éternité. On se souvient des grandes principes des bancs d'écoles : il faut deux ans pour évoluer. "Oui mais je peux avoir une promotion en moins de temps", se dit-on tous. Plus de temps à perdre. Les gens nous regardent. Nous observent. Un jour, on est admiré, un autre on est jalousé. Mais on ne passe pas inaperçu. Parfois ca passe. Parfois ca casse.
Mais qu'est-ce que 10 mois dans une vie professionnelle qui risque de durer plus de 45 ans ? Pourquoi à cet âge sommes nous si pressés ? Pourquoi ne tenons-nous pas en place ? Pourquoi faut-il toujours qu'on s'évertue à vouloir en faire plus, plus vite, et mieux ? Pourquoi penses-t-on que si on fait autrement, on ne s'en sentira jamais ?
Mais avons-nous d'autres choix ?
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